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HISTORIQUE DES BÂTIMENTS DE L’AMBASSADE D’ESTONIE À PARIS

05.02.2007

1918–1936

La première représentation de la République d’Estonie en France a été ouverte en 1918, aussitōt après l’indépendance de l’Estonie. Kaarel Robert Pusta, représentant diplomatique estonien envoyé en France cette année-là et qui sera ambassadeur de 1921 à 1932, a d’abord loué un appartement au 7 rue de l’Alboni (16ème arrondissement) pour y installer la représentation de l’Estonie. Quelques années plus tard, ayant besoin de disposer de locaux plus grands, la légation a déménagé près des Champs-Élysées, au 6 rue Magellan (8ème arrondissement), où elle est restée jusqu’en 1936.

L'ambassade d'Estonie
6 rue Magellan

L'ambassade d'Estonie
4 rue Général Appert


1936–1940

Pendant cette période, l’ambassade se trouvait au 4 rue du Général Appert. Cette propriété dans le 16ème arrondissement a été achetée aux héritiers du baron Mallet par l’ambassadeur Otto Strandman au nom de la République d’Estonie. Cet hôtel particulier de trois étages se trouvait dans le quartier des ambassades. Selon président Lennart Meri, qui y a passé quelques années de son enfance, c’était la plus belle ambassade d’Estonie dans l’Europe de l’époque. Ce bâtiment, qui comptait une cinquantaine de pièces et un escalier principal en marbre blanc, a subi des rénovations très importantes. Outre les salons et les bureaux, il abritait également la résidence de l’ambassadeur et les logements privés du personnel. Les souvenirs des personnes qui ont connu cette ambassade et les rares photos de cette époque permettent de savoir que l’aménagement intérieur était véritablement somptueux: meubles anciens, cheminées en marbre, tapis précieux, oeuvres d’art, lustres...

1940–1991

En aoūt 1940, alors que Paris était déjà été occupé et l’Estonie annexée par l’Union soviétique, l’ambassadeur d’Estonie a reçu l’ordre de remettre les clés de la légation à la préfecture de police. Le bātiment a été placé sous l’autorité de la mission économique de l’Union soviétique. Cette situation s’est perpétuée après la libération de Paris. Pendant la guerre, les locaux ont également été utilisés pour une courte période par les autorités allemandes.

Dans les années 70, l’Union soviétique a démoli le bâtiment construit au début du siècle et a édifié à la place un immeuble de logements pour le personnel de sa mission économique.

1991

Après avoir recouvré son indépendance en 1991, la République d’Estonie a envoyé en France une chargée d’affaires, Mme Malle Talvet. L’Estonie a aussitōt entrepris les démarches nécessaires pour récupérer sa propriété; une action en justice a été engagée. Le gouvernement estonien a mandaté le député Michel Pelchat, président du groupe d’amitié franco-baltique de l’Assemblée Nationale, pour la représenter dans cette affaire. L’objectif était de faire reconnaītre l’illégalité de l’occupation par l’administration soviétique (et plus tard russe) de locaux appartenant aux pays baltes et de réclamer un dédommagement pour la perte des biens appartenant à l’Estonie. Le procès n’a pu avoir lieu, le tribunal constatant sur cette affaire son incompétence juridictionnelle au motif que le terrain appartenant à la République d’Estonie était devenue partie de l’ambassade d’Union soviétique et bénéficiait à ce titre du privilège d’exterritorialité.

A la fin de l’année 1991, le gouvernement français a mis à la disposition des ambassades d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie des locaux au 14 boulevard Montmartre dans le 9ème arrondissement de Paris. Les cinq pièces attribuées à l’Estonie au dernier étage de cet immeuble étaient modestes au regard du bâtiment d’autrefois. Ą l’étage au-dessous se trouvaient les ambassades de Lettonie et de Lituanie, et c’est encore aujourd’hui le Hard Rock Café qui occupe le rez-de-chaussée du bâtiment.

1998

La possibilité d’utiliser ces locaux a été indiscutablement une aide précieuse pendant les années qui ont suivi le rétablissement de l’indépendance. Toutefois, ils sont rapidement devenus trop exigus et, à de multiples égards, insatisfaisants pour une ambassade. En 1998, la représentation de l’Estonie a de nouveau déménagé dans le quartier des ambassades, dans le 8ème arrondissement, dans des locaux beaucoup plus spacieux. L’ambassadeur d’Estonie à Paris de 1998 à 2001, Mme Ruth Lausma Luik, espérait que ces locaux loués au 46 rue Pierre Charron ne seraient qu’une “étape intermédiaire avant l’acquisition d’une maison”. Ces nouveaux locaux ont permis à l’ambassade d’organiser des réceptions, des expositions, des conférences.

L’inauguration de l’ambassade.
 Décembre 1991

Monsieur Toomas Hendrik Ilves
et Monsieur Hubert Védrine lors de la signature de l'accord relatif à l'indémnisation de l'Estonie pour l'immeuble de son ancienne légation à Paris.
Décembre 2001 

2001

En 2001 M. Loïc Hennekinne, secrétaire général du ministère français des
Affaires étrangères, a informé les ambassadeurs des pays baltes que le gouvernement français souhaitait trouver une solution juste et rapide au problème des bâtiments des ambassades. Les négociations ont repris, avec, pendant la première phase, la participation de l’ambassadeur de la Fédération de Russie. La fin des négociations a été symboliquement célébrée par la visite officielle du président Jacques Chirac à Tallinn le 31 juillet 2001. Le président français a annoncé au président Lennart Meri que la justice avait triomphé: la France dédommagerait l’Estonie de la perte du bâtiment d’avant-guerre pour lui permettre d’acquérir un nouvel immeuble.

Le 13 décembre 2001, le ministre estonien des affaires étrangères, Toomas Hendrik Ilves, et son homologue français, Hubert Védrine, ont signé un accord bilatéral relatif à ce dédommagement. Cet accord atteste bien, que la France n’a jamais reconnu l’annexion de l’Estonie par l’Union soviétique. En même temps, la Lettonie et la Lituanie signaient avec la France des accords comparables.

2005

Un nouveau bātiment a été acheté au nom de la République d’Estonie par l’ambassadeur Andres Talvik en 2005. L’immeuble se trouve au 17 rue de la Baume, dans le 8ème arrondissement. La façade de cet hōtel particulier de trois étages ressemble à celle de la maison achetée en 1936 par Otto Strandman.

En février 2007, après d’importants travaux de rénovation, l’ambassade a enfin pu s’installer dans des locaux appartenant à la République d’Estonie.


LA RÉNOVATION DU BÂTIMENT DE L’AMBASSADE D’ESTONIE

17 RUE DE LA BAUME, PARIS 8EME

Au coeur du huitième arrondissement de Paris se dresse l’Arc de Triomphe. De ce monument part la célèbre avenue des Champs-Élysées, avec ses cafés grouillants, ses boutiques, son éclat et sa splendeur. Non loin de là se trouve la rue de la Baume, une petite rue transversale calme et tranquille. C’est là, au numéro 17, qu’est située la nouvelle ambassade de la République d’Estonie. Façade en pierre, balustrades en fer forgé, rangée de fenêtres arrondies en mansarde — un immeuble comme il s’en trouve à Paris des centaines, voire des milliers.

Avant la rénovation

La maison, construite en 1864, a été rénovée par la suite à plusieurs reprises. Lors de la dernière réfection importante, dans les années soixante-dix, un bātiment a été construit dans la cour intérieure. La façade sur rue a conservé son aspect originel, à l’exception du porche voūté et du portail. Celui-ci a été malheureusement remplacé par une entrée “moderne” en acier, et un hall a été aménagé à l’intérieur du porche.

Dans la cour se trouve un bātiment rajouté dans le style des années soixante-dix. Le terrain est presque entièrement construit. Heureusement, une cour intérieure subsiste, mais ses dimensions sont réduites. Elle est couverte de terre et agrémentée de plantes grimpantes, de petits arbres et de buissons.

Comment se présentait cette vieille maison lors de la première visite des Estoniens, en mars 2005?

Dans les espaces intérieurs avaient été construits un nombre important de cloisons légères et de placards-cloisons. Les faux-plafonds suspendus modulaires et en plaques de plâtre faisaient paraītre les pièces basses et sombres. Il n’a malheureusement pas été possible de retrouver la documentation relative aux anciens projets. En mars et en avril 2005, une série d’études et de mesures furent réalisées, au cours desquelles on élimina les structures légères installées dans les années soixante-dix: revêtements de sol, plafonds suspendus, contre-cloisons. Pendant les travaux, de nombreuses corrections et améliorations furent apportées aux plans de base. Des éléments d’origine furent découverts, par exemple des plafonds ornés de moulures en stuc au rez-de-chaussée et au premier étage, ou des parquets mosaļques en bois précieux. Au premier étage, quelques battants de porte, probablement d’origine, avaient également été conservés.

Des plafonds ornés de moulures en stuc

Des plafonds ornés de moulures en stuc

Des parquets mosaïques en bois précieux

Les travaux de rénovation

L’un des objectifs du projet était de préserver l’aspect architectural du bâtiment. Pour ne pas créer de conflit avec l’architectonique et les proportions de la rue et de l’ensemble de l’arrondissement, il a été décidé de ne pas modifier les volumes et les hauteurs de l’immeuble.

L’atelier d’architecture Marcel J. Martin (Paris) a mis en forme le projet de modification de la façade. La rénovation du bâtiment a respecté les exigences de la protection architecturale.

La façade sur rue a été entièrement restaurée: les surfaces de pierre ont été nettoyées et les éléments de décor réparés à l’identique. Le portail d’origine n’ayant pas été conservé, un nouveau portail a été fabriqué sur le modèle des portails parisiens traditionnels. Le même style a été adopté pour la porte du consulat.

La façade sur cour a également été rénovée. Le balcon du deuxième étage a été fermé et une construction de dimensions modestes a été ajoutée.

Toute la cour intérieure et le toit-terrasse sont dallés. Un auvent de verre installé au-dessus du toit-terrasse protège de la pluie et permet d’utiliser cet espace lors des réceptions ou pour d’autres occasions.

Au rez-de-chaussée se trouve l’entrée principale, ainsi que le consulat, pour lequel une entrée séparée a été aménagée. Depuis la porte d’apparat, un escalier conduit au premier étage en passant par l’entresol. A l’étage se trouvent les salles de réception et de réunion.

C’est dans ces salles que le démontage des faux plafonds a fait apparaītre les plafond en stuc d’origine. Ceux qui étaient assez bien conservés et présentaient seulement des dégradations mineures ont été entièrement rénovés. Dans les autres pièces, il a été décidé d’assurer la conservation du plafond, de le fixer et de le recouvrir par un plafond suspendu en plaques de plâtre.

Le motif du vieux parquet existant a servi de modèle pour la réalisation de parquets analogues dans toutes les pièces du rez-de-chaussée et du premier étage. Les portes ont été fabriquées en s’inspirant des éléments conservés des vieilles portes.


Olavi Nõmmik, architecte

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© L'Ambassade d'Estonie à Paris 17, rue de la Baume, 75008 Paris, tel. 01 56 62 22 00, e-mail: estonie@mfa.ee