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Le sport en Estonie

21.04.2009

Les Estoniens, au bout de quinze ans d’indépendance, se sont retrouvés plus riches et plus conscients, mais aussi plus individualistes qu’avant, ce qui implique qu’ils ont aussi tendance à être de plus en plus négligents et indifférents. Pour contrebalancer ces traits négatifs, rien de tel que l’expérience de la réussite sportive. Quand un compatriote réalise un exploit sportif, on voit s’agiter une mer de drapeaux bleu-blanc-noirs – les désaccords et les contradictions intestines sont oubliés, et tout le monde se serre les coudes.

Les Estoniens ont ressenti une joie profonde et beaucoup d’émotions positives lors des derniers Jeux olympiques.

Les Jeux olympiques d’hiver de Turin ont permis de récolter tous les fruits du travail méticuleux et intelligent mené depuis quinze ans en ski de fond. Les skieurs norvégiens, suédois, finlandais, allemands et russes ont dû passer des années à suivre avec attention leurs rivaux estoniens, Kristina Šmigun, Andrus Veerpalu et Jaak Mae. Et à Turin, l’hymne estonien a retenti pas moins de trois fois en l’honneur d’un champion olympique, ce qui dépassait largement les rêves les plus hardis.

Kristina Šmigun, double médaille d’or olympique, a été l’héroïne des jeux de Turin. Cette Estonienne issue d’une famille de skieurs était connue depuis une dizaine d’années dans les milieux des sports d’hiver. Jusqu’à présent, elle avait toujours rencontré des difficultés lors des compétitions les plus importantes ou aux Jeux Olympiques précédents. Cette fois-ci, le bonheur était à son comble. Le triomphe s’est poursuivi le lendemain même de sa victoire, quand Andrus Veerpalu a ajouté à son propre palmarès une seconde médaille d’or olympique.

Les agences de presse internationales ont manifesté leur surprise de voir la petite ville d’Otepää, en Estonie du Sud, remporter trois médailles d’or olympiques, plus que la Norvège, la Finlande, la Russie et l’Allemagne.

Lors des Jeux d’hiver de 2002 à Salt Lake City, Veerpalu, avec une médaille d’or et une d’argent, était devenu le champion olympique le plus médaillé de l’histoire du port estonien. Père de quatre enfants, Veerpalu est animé d’un esprit inflexible et entend se présenter en 2010 aux jeux olympiques d’hiver de Vancouver.

Aux J.O. de Pékin en 2008, le lanceur de disque Gerd Kanter, a été sacré champion olympique. L’année précédente, il avait déjà atteint des sommets dans sa discipline en remportant le titre de champion du monde à Osaka. Kanter s’est à présent fixé comme objectif de battre le record du monde. Le meilleur athlète estonien de ces dernières années a réalisé le troisième meilleur lancer de disque de l’histoire.

En 2008, les rameurs estoniens ont été récompensés de plusieurs années d’efforts. Pour sa sixième participation aux Jeux olympiques, Jüri Jaanson et son coéquipier, Tõnu Endrekson, ont remporté la médaille d’argent en double-scull. Il avait déjà décroché le bronze en singlescull aux J.O. d’Athènes en 2004. Les deux sportifs ont chacun de nombreuses médailles à leur palmarès, remportées lors de divers championnats du monde. Jaanson, qui a déjà une longue carrière derrière lui, a obtenu son premier titre de champion du monde en 1990.

Sur la foulée d’Erki Nool, qui plus que tout autre avait popularisé le sport estonien en Europe dans les années 1990 et qui était devenu en 2000 à Sydney champion olympique de décathlon, d’autres athlètes ont atteint un niveau mondial - le lanceur de javelot Andrus Värnik, champion du monde en 2005, et les lanceurs de disque Gerd Kanter et Aleksander Tammert. Ce dernier a décroché une médaille de bronze aux J.O. de 2004.

D’autres athlètes aspirent à la gloire. Margus Hunt, qui avait gagné aux championnats du mon e junior 2006 à Pékin les compétitions de lancer du disque et du poids, a été élu en 2006 le meilleur athlète mondial de moins de 20 ans. A Pékin, Kaire Leibak a remporté la médaille d’or du triple saut et Marek Niit a gagné les 200 m. Les Chnois ont été surpris des succès estoniens et ont trouvé qu’en athlétisme l’Estonie était un grand pays.

2008 a été une bonne année pour le tennis estonien. Notre meilleure joueuse, Kaia Kanepi est la deuxième Estonienne de l’histoire à être parvenue jusqu’aux quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, le French Open. Toomas Leius avait réalisé la même performance 43 ans plus tôt. Il était à l’époque l’un des meilleurs joueurs mondiaux, mais les restrictions frappant en URSS les sportifs concourant à l’étranger avaient malheureusement entravé sa carrière. Celle de Kanepi se poursuit sous les meilleurs auspices. Ses fans espèrent donc la retrouver dans les grands tournois à venir. Kanepi fait partie des 30 meilleures joueuses au classement WTA 2008.

Au début du XXe siècle, alors que les Estoniens aspiraient à se libérer du joug de la Russie tsariste, leur soif de liberté avait été entretenue non seulement par les poètes et par les artistes, mais également par les haltérophiles conduits par Georg Lurich, qui ont eu un rôle certain à jouer. Dans les premières années de l’indépendance, les sportifs estoniens les plus célèbres étaient les lutteurs, dont les performances ont culminé avec Kristjan Palusalu. Issu d’une modeste famille de paysans, Palusalu a remporté deux médailles d’or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, aussi bien en lutte libre qu’en lutte gréco-romaine. Les grandes traditions de lutte chez les Estoniens ont porté leurs fruits jusque dans les années 1950, après quoi les lutteurs estoniens ont cessé de se faire remarquer.

Or à l’automne 2006, une surprise a étonné le monde du sport: en Chine, Heiki Nabi a été couronné champion du monde des poids lourds en lutte gréco-romaine. Déjà on voit en ce jeune homme de vingt ans un émule de Palusalu: issu comme lui de la campagne, il est modeste et digne.

Pendant des années, les amateurs de sport automobile ont suivi avec passion les exploits des coureurs de rallye Markko Märtin et Michael Park, son liseur de cartes anglais. En 2002 ils avaient été invités à rejoindre l’équipe Ford, dont ils étaient devenus leaders dès l’année suivante.

Märtin et Park formaient un tandem homogène et ils étaient devenus bons amis. Le Britannique était convaincu que son partenaire estonien pouvait disputer le titre de champion du monde. Mais à l’automne 2005, alors qu’ils avaient pratiquement atteint une coopération idéale, un accident tragique a eu lieu sur les routes du pays de Galles. Märtin a quitté la route et son lecteur de cartes a perdu la vie. Un monument a été érigé à Tallinn en son honneur et des compétitions sont organisées en sa mémoire. L’harmonie entre lui et Märtin était presque totale, ce qui était un excellent exemple de coopération européenne.

La coopération esto-britannique se poursuit néanmoins dans une autre discipline automobile: Marko Asmer a remporté dans l’équipe d’Angleterre le titre de champion britannique en formule 3 HiTech. Cette catégorie a servi de tremplin à bien des champions célèbres de Formule 1. En 2008, Marko Asmer est devenu le premier estonien à atteindre la classe Formule 1 en étant recruté comme pilote d’essai par l’écurie BMW Sauber.

En judo, Indrek Pertelson et Aleksei Budõlin ont eux aussi remporté des succès internationaux – ils ont tous deux obtenu des médailles de bronze aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, auxquelles Pertelson a ajouté celle des Jeux d’Athènes en 2004.

L’univers du sport est censé ignorer les préjugés culturels, politiques, religieux ou raciaux. Les supporters qui se rendent dans tous les coins du monde pour soutenir leurs favoris, mais qui en même temps sont capables de respecter les sportifs issus d’une autre culture, sont porteurs de cet idéal. Les pistes de ski de fond de la pittoresque petite ville d’Otepää en Estonie du Sud accueillent de nombreux amateurs de sport venus d’autres pays. Comme à Holmenkollen en Norvège, à Falun en Suède ou à Lahti en Finlande, l’on voit flotter à Otepää les drapeaux de nombreux pays. Otepää est un lieu spécial, où on peut entendre les habitants de la région encourager et soutenir à grands cris des sportifs étrangers en visite.

Le ski de fond a une signification particulière pour les Estoniens. Au cours des hivers enneigés, le ski est une distraction pour toute la famille. Le point culminant de la saison de ski est le marathon de Tartu, un défi à la détermination des milliers de personnes qui le relèvent chaque année. Le marathon de Tartu fait partie de la série internationale des Worldloppet. Par exemple en 2007, il accueillait des participants venus de 23 pays.

Non seulement le sport suscite des émotions, mais il peut également jouer un rôle très important dans la promotion de l’amitié et de la coopération sur le plan international. C’est pourquoi les Estoniens sont heureux et fiers de voir le succès de leurs sportifs contribuer au processus d’amélioration des relations internationales.

Andrus Nilk

Journaliste sportif

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